alimentation, bien-être, comportement, Profession

Cas d’étude – Destructions et comportements excessifs

O. est une setter de 9 mois en pleine forme.
Elle vit dans une famille sans enfants en bas âge, en maison avec jardin.
Elle vit et dort dehors, dans le jardin avec sa copine setter de 8ans, sans autorisation d’accès à l’intérieur de la maison. Elles ont un grand espace confortable qui n’est jamais fermé. C’est leur pièce pour dormir et s’abriter.

Elle est gentille comme un cœur, mais elle pose problème à la maison.
Elle est excessive dans ses contacts sociaux avec les humains et elle détruit.

OBSERVATIONS

    • Elle saute sur les voitures qui rentrent pour faire la fête aux humains, (donc elle les abime), elle leur saute dessus lorsqu’ils descendent, elle les renifle de manière « oppressante »..
    • Les câlins sont remuants et quasi inexistants car elle ne reste pas en place.
    • Elle attrape les mains (sans faire mal) très souvent, et elle lèche les mains, encore, encore, encore, encore, encoreeeeeeee… jusqu’à ce qu’on les relève pour faire stopper ce comportement. Alors elle lèche les pantalons…

Cela devient insupportable pour ses propriétaires qui trouve cela oppressant. Alors, par la force des choses, ils passent leur temps à la repousser et à lui dire de se calmer…
mais rien n’y fait.

    • Elle se jette également tous les matins contre la baie vitrée dès qu’elle entend quelqu’un se lever.. jusqu’à ce que les volets soient ouverts et qu’elle voit à l’intérieur de la maison.
    • Elle détruit tout ce qui lui tombe sous la main.
      Tout le jardin y est passé. Les fleurs, les plantes, les arbustes, des trous partout, des fils électriques, des tuyaux d’eau, des chaussures qui viennent d’être enlevées, des outils qu’elle pique au cabanon, des coins de meubles… des bouts de remorques, de voitures…

Objectivement parlant, ce sont de « petites » choses à chaque fois.. mais… ça + ça + ça, ça finit par couter cher et elle va finir par se faire très mal.
Alors que si quelqu’un est présent avec elle, sans même s’occuper d’elle, elle ne touche à rien.

EXPLICATIONS

Une fois avoir fait le tour de la situation, je vois 2 points essentiels à ce stade de mon bilan:
1/ Non, le fait d’envahir l’espace de ses humains n’est pas un problème de dominance…
Elle a un manque de contact social +++++, qui rend son comportement excessif. Certaines choses de son passé peuvent ou pas expliquer ce comportement, mais ça n’a pas plus d’importance que ça.
Aujourd’hui ce qui lui manque, c’est de pouvoir être davantage en contact avec ses humains.

– « mais elle n’est pas seule, elle a sa copine avec elle, et puis elle, elle n’a jamais fait tout ça, pourtant les conditions de vie sont les mêmes!!! ».

C’est sur! Mais un chien ne remplace pas le contact avec ses humains, et pour certains, ils pourraient bien être en présence de chiens, de chats, de poules, que ça ne serait pas moins douloureux d’être sans ses humains. Nous faisons aussi partie de leur cercle de vie, de leur famille, notamment lorsque nous les avons élevé chiot.

Certains chiens n’ont pas de difficultés à vivre dehors et à se débrouiller tout seul. Pour d’autres, c’est insupportable.
Elle est seule la journée , la nuit, et les journées d’hiver ou de mauvais temps, nous ne passons gère de temps dehors le soir quand nous sommes présent. Elle est donc sans humains quasi en permanence. Elle les voit vivre dedans mais n’a pas la possibilité de les rejoindre.
Vient se rajouter à cela, que comment elle est devenue excessive par manque de contact, les interactions avec ses humains deviennent de plus en rare. Ce qui n’arrange pas la situation, loin de là.

Est-ce qu’on peut parler de syndrome d’attachement ou d’hyper attachement?
Selon moi, pas vraiment… Avant de parler de pathologie ou de syndrome, il faut voir les conditions de vie. Si les besoins fondamentaux ne sont pas respectés, les carences sont réelles et peuvent être comblés en respectant un certain équilibre.
Il y a une différence entre le chien qui ne peut pas rester seul 5 minutes sans montrer des signes de panique et celui qui se retrouve seul du matin au soir à tourner en rond dans son jardin. Tous les problèmes de comportement ne sont pas des pathologies mais peuvent être exclusivement liées à l’environnement du moment, ne l’oublions pas!
En revanche, c’est typiquement le genre de situation qui peut engendrer un besoin d’attachement hyper développé sur le long terme même si les besoins sont rééquilibrés car la carence à été très importante à un moment donné.

Dans ce contexte, on a plutôt une chienne « d’intérieur » qui a besoin du contact avec ses humains, de participer à la vie de famille, alors qu’elle vit avec une famille qui projetait un chien « d’extérieur » complétement autonome… dur! Il va falloir trouver un compromis.

Du coup, dans l’espoir d’un peu de contact, elle pique des trucs pour avoir de l’attention! Mieux vaut se faire engueuler que d’être ignoré! (on retrouve ce genre de comportement aussi chez certains enfants en carence affective!)

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2/ Elle manque cruellement d’occupations. Dit plus clairement, elle se fait chier!
Des concours de circonstances à répétition font que les sorties hors jardin sont inexistantes depuis plusieurs mois. Elle n’a pas vraiment d’occupations dans le jardin non plus (enfin… elle se les trouve toute seule quoi!)
Du coup, il va falloir lui en trouver.

Tout en continuant d’observer la chienne et son comportement, la discussion amène à un point intéressant…
Elle a l’air d’avoir tout le temps faim.. mais… elle mange quoi?

O. mange des croquettes de supermarché (on ne va pas citer la marque mais ça commence par F, ça finit par O et elle sont de couleurs rouges et vertes!)
En gros, elle mange du « rien ».. des croquettes bas de gammes qui ne sont pas nutritives et bourrées de trucs dégueulasses.
En regardant de plus près, je vois la mention « senior » puisqu’elle mange comme la plus plus vielle… sauf que les croquettes seniors sont des croquettes « lights » puisque pour des chiens moins actifs.
Pour résumé, O. en pleine fleur de l’âge, mange du « rien » de « rien »! Pas étonnant qu’elle ai l’air d’avoir tout le temps faim et qu’elle soit prête à manger la main avec la friandise qu’on lui tend.
Cela pourrait expliquer une partie de son comportement excessif et le fait qu’elle avale n’importe quoi. Avoir faim n’amène ni sécurité de l’esprit, ni comportement serein.

CONCLUSION

La 1ere chose à faire va être de comprendre les besoins non nourris chez ce chien qui amènent de tels comportements et de changer son quotidien pour que ces besoins soient nourris au mieux en fonction de ce que vont pouvoir faire ses propriétaires.

° Besoin alimentaire: Il est impératif de commencer par changer son alimentation. Tout individu qui a une alimentation saine et adaptée sera plus calme, plus serein, et plus équilibré car son apport nutritif et énergétique lui offrira ce dont il a besoin.

° Besoin d’activité physique: Un chien normalement constitué (quelque soit sa race) à besoin d’un minimum d’une heure de sortie par jour pour se dégourdir les pattes, renifler, faire ses besoins et prendre l’air. Le jardin n’est pas suffisant quelque soit sa taille, car les stimulations y sont quasi inexistantes.
Les setters sont des chiens endurants, sportifs et actifs, cela devient donc pour eux une nécessité absolue.

° Besoin d’activité mentale / exploratoire: Sans sorties, pas ou peu d’exploration et donc peu d’activité cognitive. Rester à la maison h24 sans rien faire n’est pas à la portée de grand monde. Lui donner de quoi ronger, jouer, s’occuper durant l’absence de ses propriétaires est primordial pour limiter voir supprimer les destructions sur objets non autorisés.

° Besoin de contact social: Il va falloir sérieusement ajuster les interactions entre humain-chien pour sortir de cette spirale du « Je t’aime-moi non plus ».
Il va falloir poser des limites simples sur ce qui représente une interaction désagréable et envahissante tout en lui expliquant aussi, et sans brutalité, comment elle va pouvoir obtenir une interaction de qualité.  Si elle ne sait pas comment se comporter pour obtenir + de contact, comment pourrait-elle essayer de s’ajuster?
Notre communication non-verbale va rentrer en jeu pour délimiter distinctement ce à quoi nous sommes ouvert ou non.

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QUESTIONS

  • Que ce passera t-il si rien ne change? Le comportement du chien ne changera pas, il pourra même amplifier.
    Dans ce cas de figure « elle va se calmer en vieillissant » ne fonctionne pas ou alors, ça risque de prendre un très long moment avec de gros risques pour la santé de la chienne et du porte monnaie des propriétaires.
  • Que ce passera t-il si les besoins sont comblés à moitié? Si les besoins prioritaires (du point de vue du chien!) sont comblés alors le comportement va diminuer en intensité. Si ce sont des besoins secondaires, alors il se peut que ce ne soit pas flagrant car il restera toujours un gros manque à combler
  • Que ce passera t-il si on joue la carte de la punition et de la répression? De la résignation. Un chien en souffrance mais ne présentant plus de comportements gênants… pour un moment seulement… car cela reviendra ou un autre comportement prendra le relai.
    Ou de la rébellion. Encore plus de comportements excessifs, encore plus de mal être, encore plus de destructions.
  • En combien de temps cela va se régler? Aucune idée… Personne n’a la possibilité de le savoir. Tout dépendra des compromis qui vont être trouvé:

° sur l’alimentation: qualité de nourriture et possibilité ou refus d’y mettre le prix
° sorties / promenades / exploration: les possibilités dans le planning des humains + le bon vouloir (on peut très bien avoir le temps, mais avoir la flemme), compréhension des besoins spécifiques d’un chien de type chasse.
° Activités mentales: quantité VS qualité
° Contacts humains: quantité + qualité des interactions pour apaiser le manque et faire diminuer le stress des interactions néfastes précédentes.

Et un autre facteur également: A quel point ces carences ont marquées le chien. Plus cela a été une souffrance, plus il faudra de temps pour retrouver un équilibre.
Il faut quand même avoir conscience qu’une carence ne se gomme pas en quelques jours.
Mais il est tout à fait possible d’avoir une jolie évolution en quelques semaines de temps.

Précisons toutefois que ce cas est loin d’être isolé et qu’une bonne partie des chiens dit « à problèmes » rencontrent des carences similaires d’ennuis et d’incompréhension au niveau contact social.


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1 réflexion au sujet de “Cas d’étude – Destructions et comportements excessifs”

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